17.10.2019
Marie-Ève
Selon un rapport d’analyse de l’Institut national de santé publique du Québec (Hamel, 2001), les Québécois perçoivent qu’on devient accroc de l’héroïne et de la cocaïne plus souvent par sa propre faute (manque de volonté) qu’à des suites de circonstances incontrôlables. Or, il en est tout autrement. En effet, la majorité des consommateurs détiennent un passé rempli d’événements difficiles, par exemple de l’abus sexuel, de l’abandon et de la pauvreté. Les préjugés très souvent défavorables envers les personnes toxicomanes font en sorte qu'elles sont moins susceptibles de recevoir l'aide dont elles auraient besoin. Rappelons-nous que derrière chaque personne toxicomane se cache un être humain vulnérabilisé, qui a traversé des épreuves particulièrement souffrantes et pour qui l’aide et le soutien peuvent faire toute la différence. Merci Marie-Ève de lever le voile sur cette problématique encore trop taboue dans notre société.
Au début de l’adolescence, je me suis amourachée d’un garçon. Un de ses amis lui a montré une photo de moi de quelques années avant où j’étais un peu plus ronde, et ils ont commencé à me traiter de dégueulasse. C’est là que j’ai arrêté de manger le matin. En l’espace de deux mois, j’ai perdu énormément de poids. Puis graduellement, j’ai commencé à me faire vomir. À 14 ans, j’ai été hospitalisée trois mois et demi à Ste-Justine. Quand je suis sortie, je suis devenue obsédée par la bouffe santé. De l’âge de 15 à 27 ans, je me suis fait vomir presque tous les jours.
À 21 ans, j’étais en couple avec quelqu’un qui consommait et je n’avais pas vraiment de réseau social. J’avais particulièrement honte de mes difficultés donc je m’isolais beaucoup. C’est dans cet état de grande vulnérabilité que j’ai pris de l’héroïne pour la première fois. Quand j’ai commencé, je fumais une fois par mois. Je savais que si je consommais deux ou trois jours de suite, j’allais devenir dépendante. La vie a dégringolé quand j’ai commencé à prendre l’injection. C’est passé rapidement d’une à trois fois par jour… et ça a duré trois mois comme ça. Heureusement, j’ai eu la chance d’avoir rapidement accès à un programme de méthadone qui permet de traiter la dépendance à l’héroïne. J’ai commencé ce médicament à l’âge de 21 ans et j’en ai maintenant 36. Il y a quelques années, j’ai changé pour le suboxone, qui a l’avantage de ne pas embrouiller l’esprit comme la méthadone. C’est stigmatisant avoir un parcours de vie comme ça et c’est tout un défi de s’accepter.
La reconstruction, ça passe par changer le regard que je porte sur moi et me pardonner. Je peux encore être très dure envers moi-même et j’ai peur du jugement des autres même si c’est moins présent qu’avant. Aujourd’hui, je me considère encore en rétablissement. Guérir de ça, c’est un long processus. Je suis présentement au doctorat en communication et je travaille sur des enjeux de santé mentale en plus de m’impliquer dans le milieu communautaire. Je veux mettre à profit mon vécu pour en aider d’autres.
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