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Témoignages

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05.08.2019

Matthieu

Matthieu

Nous serons toutes et tous confronté.e.s à la perte d'êtres chers au cours de notre vie. Bien qu'universelle, l'expérience du deuil se vit différemment d'une personne à l'autre. Merci Matthieu Pepper de t'être ouvert sur cette épreuve à laquelle tu as dû faire face l'année dernière.

Mon père est décédé il y a un an... Ça a toujours été ma plus grande angoisse, la mort, mais particulièrement la sienne. Dès l’âge de huit ans, je me levais souvent en panique parce que je rêvais que mon père mourait. J’anticipais vraiment beaucoup ce moment-là. J’étais très proche de mon père et, dans notre relation, l’humour a toujours été quelque chose d’important qu’on avait en commun et qu’on aimait partager. Déjà, petit, mon meilleur public, c’était lui. Quand j’ai commencé l’humour, il m’a soutenu, parce qu’il comprenait que c’était ce que je voulais le plus. Ce courage de faire ce qu’on aime, c’est lui qui me l’a transmis, parce qu’il a lui-même laissé une grosse job pour devenir accompagnateur spirituel en soins palliatifs.

Quand il était en fin de vie, il ne voulait pas que je manque des shows pour lui. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai continué à travailler 60-70 heures par semaine durant cette période-là. C’était une manière de ne pas trop penser et de me geler la tête, comme une drogue, parce que sinon je vivais trop d’anxiété. Honnêtement, si je n’avais pas continué, je ne pense pas que je serais vivant aujourd’hui. Par moment, j’ai des gros regrets qui montent parce que je me dis que j’aurais pu faire plus. En même temps, je n’ai jamais senti que je négligeais mon père ou ma famille. Par contre, je me dis que j’aurais pu être plus présent mentalement. Mon père est décédé en juillet, la journée de mon premier gala. Il est parti pendant mon break, quelques heures avant que je monte sur scène. C’était peut-être sa seule façon de ''venir'' voir le gala. Depuis qu’il est mort, je sens que ma tête est déconnectée de mon ressenti, je n’ai pas été au bout de ma peine et je ne pense pas finir par me rendre au bout. C’est comme si j’avais débranché un fil USB.

Je continue à vivre de l’anxiété au quotidien, mais je vis ça depuis que je suis tout jeune. Et autant j’ai scrappé plein de beaux moments dans ma vie à cause de mon anxiété, autant mon anxiété fait de moi qui je suis. Ça me donne ma couleur et c’est un moteur qui m’aide à créer : mon humour part principalement de là. Et y’a quelque chose de beau dans le fait de pouvoir parler d’anxiété sur scène et d’en rire… Y’a rien que je trouve plus beau que des humains qui rient pour faire passer la douleur ou la peine.

  • « Excusez-moi, je suis en deuil » et « Grandir : aimer, perdre et grandir » de Jean Monbourquette.

    Ces deux livres portent sur le deuil. N'hésitez pas à les consulter au besoin.

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